Extrait du quotidien "L'Univers" daté du 30 avril 1884

Source Gallica (Bibliothèque Nationale de France)

 

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Le texte ci-dessous n'est pas très lisible, vous le trouverez réécrit à la suite !

L'Univers 1884

 

Laïcisation des hôpitaux

 

Nous reproduisons sans commentaire le récit suivant, que publie la Gazette des Tribunaux :

Des journaux ont publié récemment une circulaire du directeur de l'assistance publique, signalant une augmentation toujours croissante, dans les hôpitaux de Paris, de la consommation de vins et spiritueux destinés aux malades.

Aujourd'hui comparaissait, devant la 11è chambre correctionnelle, un infirmier de l'hôpital Lariboisière, prévenu d'avoir porté des coups à un malade; au dire de celui-ci, l'infirmier se serait vengé de cet individu, qui l'avait dénoncé à l'interne et à la soeur comme volant du vin aux malades.

Le prévenu est le nommé Marcelin Nermel, âgé de vingt-huit ans.

Le malade qu'il a frappé, aujourd'hui rétabli, est le sieur Herviel, âgé de cinquante ans, garçon de recettes.

Le 1er avril, dit-il, à quatre heures et demie du matin, l'infirmier Nermel faisait sa tournée dans les salles de l'hôpital, pour ramasser sur les planches des malades les bouteilles vides ayant contenu du vin. J'avais à côté de mon lit une fiole de vin de Banyuls encore à moitié pleine. L'infirmier veut la prendre, je m'y oppose; alors il m'allonge un énorme coup de poing sur la figure et se sauve; je saute de mon lit, j'empoigne ma canne et je cours après lui; je l'ai poursuivi jusqu'à la porte, et il est sorti de la salle. Alors j'ai retourné me coucher.

Dix minutes après, il revient armé d'un goupillon, s'approche de mon lit et me donne un coup de goupillon sur la tête, si violent qu'il s'est cassé. Je saute encore une fois de mon lit, armé de mon bâton; l'infirmier m'envoie un coup du manche du goupillon, qu'il avait gardé à la main; mais je pare le coup avec mon bras; aussitôt il me saisit par la barbe; j'appelle au secours ! Des malades sont accourus et lui ont arraché le morceau de goupillon. Je n'ai pas voulu rester plus longtemps à l'hôpital et j'ai retourné chez moi; mais j'avais été si bouleversé par cette scène que j'ai retombé malade et qu'il m'est venu un érésypèle.

M. Henri Goepp, publiciste, déclare qu'il a vu le prévenu se précipiter sur Herviet couché dans son lit et lui asséner un coup de goupillon sur la tête ; moi et un autre, ajoute le témoin, nous nous sommes jetés sur l'infirmier et nous lui avons arraché le goupillon.

Ajoutons que le prévenu est représenté comme habituellement grossier envers les malades.

Nermel prétend que les faits ne se sont pas passés comme on les a racontés :

J'avais, dit-il, réveillé le malade et je l'avais prié de verser le reste de son vin de Banyuls dans un autre vase; il m' a sauté sur la main pour m'arracher la bouteille que j'avais prise pour m'assurer si elle était vide; il m'a saisi le pouce où j'avais une blessure;  j'ai fait un geste de douleur, qu'il a pris pour une menace.

M. le président. - Il ne parle pas d'une menace , mais bien d'un coup de point dans la figure.

Le prévenu. - C'est faux. Alors il m'a porté un coup de poing et je me suis défendu.

M. le président. - Oui, et quand vous êtes revenu, dix minutes après, armé d'un goupillon que vous lui avez cassé sur la tête, c'était aussi pour pous défendre ?

Le prévenu. - Mais oui, parce qu'en me voyant il a sauté de nouveau sur son bâton pour m'en frapper.

Toutes ces excellentes explications n'ayant aucun rapport avec les dépositions des témoins, le tribunal a condamné le prévenu à deux mois de prison.

Puisqu'on laïcise les hôpitaux, on devrait bien, en supprimant les aumôniers, faire enlever les goupillons, au lieu de les laisser à la disposition d'infirmiers qui les cassent sur la tête des malades.