Jacques est parti.

Hier, dans l'église romane, on sentait encore sa présence.

Palpable.

Car un Homme tel que Jacques ne part jamais.

Certains qui n'ont pas pu venir m'ont demandé le petit hommage que j'ai écrit pour lui.

D'autres parce qu'ils n'avaient pas trouvé place dans l'église et n'ont pas pu l'entendre depuis le parvis.

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 28-08-2017

 

 

Mon cher Jacques,

 

Ce n’est pas aujourd’hui que tu nous a quittés.

 

Tu es parti le jour où tu as refusé de subir une chimiothérapie que tu as jugée inutile.

En toute sérénité.

Tu signais ce jour-là ton arrêt de mort. Décision bien réfléchie et partagée avec Jacqueline. Avoir la force de dialoguer sur la mort dans un couple aussi uni que le vôtre est stupéfiant !  Vous nous démontrez par là que votre Amour est tellement fort qu’il peut conduire même jusqu’à l’acceptation de la mort de l’autre, qui est en réalité un autre soi-même. Calmement, sereinement !

Vous avez accepté que le deux devienne un.

 

Refuser la chimiothérapie et accepter la mort, alors que l'on te suggère une piste de survie, demande un courage hors du commun.

La seule condition que tu as imposée était que ta fin de vie soit sans souffrance.

 

Cela a été réalisé par le corps médical et paramédical du mieux possible.

Ils ont tenu parole, Jacques.

La souffrance propre des soignants dans de tels cas n’est pas souvent prise en compte, ce qu’ils font semble naturel, purement professionnel, et pourtant ! 

Ils t’ont tellement apporté, chacun à sa façon. Un soin, un geste, une parole, un sourire.

 

Et ils rentraient chez eux avec le front soucieux et le cœur déchiré.

 

Ta vie exemplaire d’époux et de père de famille, de vigneron, de marin, de chercheur et de savant, je dis bien de savant, tous ici la connaissent, c’était cette vie heureuse qui te comblait.

Tu savais tout de la montagne, tu savais tout de la vigne, tu savais tout de la mer, mieux que quiconque.

Tu étais également curieux de tout.

Tu me racontais récemment avec humour, cet humour qui te caractérisait si bien,  ces rencontres avec des scientifiques qui te traitaient de  « mon cher confrère »

 

Cela t’amusait.

Et c’est avec ton humilité légendaire que tu prenais sans complexe la parole devant eux.

Tu leur faisais comprendre que ce qu’il y a dans les livres n‘est parfois qu’une vision floue de la vérité.

Cette vérité, elle naissait sous la pointe de ton crayon, sous ta plume, dans l’encre de chine d’où émergeaient la terre et la mer.

Avec un souci du détail qui restituait le vivant.

Tes dessins ne sont que de la vie.

 

Combien de Sociétés savantes, d’Associations, de Comités, de Commissions, de groupes représentatifs sont endeuillés par ton départ ?

Tu étais un pilier du village, donc tous venaient te solliciter.

 

Comment les citer tous ?

L’Exocitus volitans, ton bébé,

la Commission du Patrimoine municipale où tu étais un des plus actifs et écoutés, et dont les membres te remercient de ta fructueuse participation, me reviennent ainsi en mémoire.

Que les autres me pardonnent !

L’un d’entre eux était particulier et comme ta seconde famille.

Je veux parler du Laboratoire Arago qui t’a permis  d’épanouir tes passions et résoudre bien des questions et où tu as pu acquérir la science et transmettre ton savoir.

Tu fais partie de leur histoire.

La brutalité de ton départ ne leur a pas permis de s’exprimer aujourd’hui, ils en sont désolés, mais je sais qu’ils ont décidé de te rendre bientôt un hommage particulier, témoignage de leur profonde reconnaissance.

 

Tes interrogations étaient souvent profondes.

Je vais les évoquer.

 

Tu m’avais envoyé un mail l’année dernière dans lequel tu écrivais :

 

 

« Tu sais Albert que je suis aussi sensibilisé par le religieux.


D'autre part, mes fréquentations professionnelles pendant plus de 30 ans m'ont aussi sensibilisé, principalement à la biologie animale.

 

 

Tu sais aussi que je suis curieux, et ma curiosité a été un peu ma nourriture.


Dans tout ce fouillis, une seule chose s'est confortée dans mon esprit


:" je crois en la création du visible et de l'invisible", et plus


particulièrement à la création des êtres organisés »

 

 

Ce que tu m’écrivais « je crois à la création du visible et de l’invisible », n’était finalement que le début du « Credo »

Je ne l’ai compris que maintenant.

 

Tu avais quand même, il faut en tenir compte, la chance d’être bien entouré par ta famille.

 

Ton épouse et tes deux fils ont été les trois piliers.

 

Ton épouse Jacqueline, discrète, t’apportait en plus ce qui manquait à nos échanges d’hommes, cette sérénité imperturbable du croyant.

Ta terre était bonne, la graine plantée a vite germé.

 

Jacques, devant ton épouse et tes enfants, ta famille, et devant tous ceux qui t’accompagnent aujourd’hui,  j’affirme pour conclure  que tu étais un homme hors du commun.

Ton destin a d’ailleurs été hors du commun.

 

Devenir dans sa vie un être d’exception, c’est peut être ça, finalement, devenir un Homme. 

Tu as fini ton Travail, mais tu nous as laissé les outils.

Ce sera difficile de continuer sans toi.

 

En sommes nous capables ?

Adieu Jaume, A Dieu.

(Note : Il signait "Jaume" tous les mails qu'il m'envoyait)

 

 

Patrimoine

A la découverte d'un puits lors de nos recherches pour la Commission Patrimoine.