Lu sur les mémoires  d’un naïf  (Honoré Prats)

Les femmes de Banyuls allaient à la montagne chercher du bois qu’elles mettaient en fagots bien encerclés avec des cordes. L’une de ces femmes, la mère Suréda, était enceinte. Malgré cela elle était allée chercher son bois et elle a accouché en pleine nature. Elle s’est délivrée elle-même, a fait le nécessaire pour l’enfant et l’a attaché sur l’arrière du fagot enveloppé avec un sac en jute et est revenue au village avec le bois et l’enfant. Cet enfant est devenu un athlète. Il était maçon. Il allait  toujours avec une vieille bicyclette et toujours avec quelque chose sur lui. Je l’ai vu porter une échelle de huit mètres environ sur l’épaule droite, il tenait son guidon de la main gauche. Une autre fois c’est une armoire qu’il transportait et toujours en gouvernant avec la main gauche. Il avait une hernie et malgré cela il faisait des efforts extraordinaires.

Une fois on a scié  à la base un peuplier qui était à peu près à trois mètres de la fontaine de Vilarem ( ?) Cet arbre avait un diamètre de plus de un mètre cinquante. Le tronc lui-même faisait presque deux mètres de haut. Il gisait par terre. Plusieurs hommes se sont groupés autour.. Marcel Suréda passait avec sa bicyclette. Un des hommes présents  l’a défié de porter ce tronc jusqu’au coin de la plage, là où était la boucherie de la Delle ( ?)

« Je te parie « un fil » que tu n’y arriveras pas ! » Un « fil » c’était un pastis, un apéritif.

 « Si vous m’aidez à le charger sur mes épaules, je le porterai. »

Ils se sont mis à quatre ou cinq pour le lui mettre sur les épaules et  l’aider à se relever et il est parti vers le but final où il  a déposé le tronc. Les gens n’en revenaient pas. Peu de temps après il a perdu sa fille et n’a plus rien fait tellement il en souffrait.

Sur la photo on se croirait dans un film de Pagnol !

 

 

12 capatas