Marianne, vous avez bien dit Marianne ?

J’ai entendu récemment parler de Marianne, à la radio et à la télé, les hommes politiques veulent l’utiliser dans son rôle symbolique comme si elle avait été oubliée. Sur un timbre poste, un jour, on reconnut Brigitte Bardot. C’était le premier pas vers son utilisation publicitaire. Et on s’étonne soudain qu’elle ait été oubliée des élèves qui ne savent plus à quoi s’en tenir tellement ils sont perturbés par la vie qu’on leur présente comme un cadeau empoisonné. Les pauvres, devant notre impuissance qui augmente de jour en jour, comment voulez-vous qu’ils s’intéressent à Marianne ?

Ce retour à Marianne a au moins servi à quelque chose : il a éveillé ma mémoire.

C’était fin 1945 ou début 46. La guerre était finie. Les collaborateurs qui avaient aidé les troupes de l’occupant à s’installer à Banyuls, qui avaient dénoncé les juifs, qui avaient combattu les maquisards, avaient été fusillés pour certains immédiatement sous les remparts de Perpignan (des pauvres gens paumés qui avaient pensé que les Allemands voulaient notre bien contre le communisme) et jugés pour d’autres (les leaders qui avaient su échapper aux exécutions hâtives) Certains de ces jugements aboutissaient à la peine de mort mais rarement appliquée car il y avait des recours et des interventions de personnes haut placées. D’autres restaient en prison car ils étaient malades ou en fin de vie. Enfin, peu importe, il est ici question de Marianne, je me demande où je suis allé m’égarer…Voilà le souvenir, enfin…

Nous étions écoliers après la fin de la guerre. Revenus de nos villages loin de Banyuls où nous avions été réfugiés de force. Les instituteurs nous avaient repris en main. Plus de Pétain, plus de chanson « Maréchal nous voilà » à la colonne près de la mairie. Mais un jour voilà qu’on nous sort de classe en file deux par deux et qu’on nous amène à la mairie tout à côté de notre salle de classe. Puis, en file indienne, on nous fait monter les marches de la mairie et on nous fait défiler devant une petite table dans le hall. Sur cette table il y avait le buste en plâtre d’une Marianne dont le crâne était fracassé. Les morceaux de crâne provenant du massacre étaient déposés dans la boite crânienne vide puisque cassée. Sur cette table il y avait aussi un panneau où était écrit « Marianne, tu es vengée »

Par la suite notre instituteur, nous expliqua que pendant l’occupation le crâne de cette statue avait été brisé par un collaborateur du village qui avait ensuite jeté la statue en plâtre dans une cave de la mairie où on l’avait retrouvée. Le défilé de ce jour était lié au fait que le coupable venait d’être jugé et condamné à mort par un jury de Marseille où il avait été emprisonné.

Le défilé des enfants des écoles devant ce buste retrouvé suivait donc cette condamnation à mort, je vous rassure jamais appliquée, car on libéra plus tard le coupable qui, nous dit on, souffrait alors d’une maladie incurable.

Alors revenons sur terre, si la Marianne actuelle style 2015 doit être en plâtre, Messieurs les politiques qui nous gouvernez, sachez qu’elle sera en danger !

Albert